Malformations du coeur chez les nouveau-nés

Researcher name: 
Peter M. Olley, MB.Bs., FRCPC

Chez de nombreux nouveau-nés présentant de graves malformations du coeur qui menacent leur survie, un vaisseau sanguin foetal particulier, le canal artériel, joue un rôle crucial.

Chez de nombreux nouveau-nés présentant de graves malformations du coeur qui menacent leur survie, un vaisseau sanguin foetal particulier, le canal artériel, joue un rôle crucial. Ce vaisseau de grand diamètre, qui sert à contourner les poumons au cours de la vie foetale, se comprime et se ferme normalement dans les heures suivant la naissance. Paradoxalement, chez de nombreux nouveau-nés présentant une malformation du coeur, il est essentiel qu'il reste ouvert pour assurer leur survie. Sa fermeture normal est fatale chez ces nouveau-nés. Flavio Conceani et moi-même avons démontré, à l'Hôpital pour enfants malades de Toronto, que la prostaglandine (constituant des acides gras des membranes cellulaires) était essentielle à l'ouverture normale du canal.

Notre fait d'armes a été d'appliquer notre observation expérimentale aux nouveau-nés dépendant du canal artériel pour leur survie. En 1975, nous avons traité notre premier cas, un "enfant bleu" de trois jours en train de mourir à cause du manque d'oxygénation de son sang. Quelques minutes seulement après l'amorce d'une perfusion artérielle continue de prostaglandine, le bébé était transformé. Il est devenu rose, a pris de la vigueur, et a fait savoir de façon non équivoque qu'il était affamé et qu'il voulait être nourri. Cette réaction spectaculaire et réjouissante dépassait de loin nos espérances. Des expériences semblables chez d'autres bébés par la suite nous ont permis de publier nos résultats cliniques initiaux dans la revue Circulation en 1976.

Les expériences qui ont conduit à cette percée clinique avaient débuté cinq ans plus tôt. Nous nous fondions sur des observations d'autres chercheurs, notamment les expériences qui avaient montré le rôle de l'oxygène dans la fermeture du canal (dans les années 40), et sur les connaissances de plus en plus grandes au sujet de la prostaglandine. Nos expériences initiales, décrits pour la première fois en 1973, ont encouragé d'autres chercheurs à s'intéresser aux mêmes questions et, en fin de compte, à contribuer à l'élaboration d'un tableau beaucoup plus complet du rôle de la prostaglandine dans le canal artériel. La connaissance de la physiologie foetale était dans une large mesure le résultat d'expériences sur des foetus d'agneau. Nos propres travaux dépendaient souvent d'expériences effectuées avec des agneaux dont l'âge foetal était exactement connu.

Dans les pays industrialisés, l'administration de prostaglandine est aujourd'hui automatique dans le traitement initial des nouveau-nés dont un défaut de formation du coeur met la vie en danger. Elle permet de stabiliser leur état, de les transférer dans un centre de soins tertiaires, et de les préparer à une intervention chirurgicale. La prostaglandine a permis de pratiquer dans des circonstances beaucoup plus favorables et de façon semi-urgente des interventions auparavant effectuées dans des conditions d'urgence défavorables.

Nos expériences ont également conduit à l'utilisation d'indométacine pour provoquer la fermeture du canal artériel chez les enfants prématurés, lesquels présentent souvent des troubles circulatoires graves parce que ce canal ne se ferme pas normalement. Cette substance interrompt la formation de prostaglandine et entraîne la fermeture du canal artériel chez environ 80 pour 100 des nouveau-nés auxquels elle est administrée. Cette solution de rechange à la chirurgie, qui est relativement sûre, a été appliquée à plusieurs milliers d'enfants canadiens au cours des 15 dernières années. La réduction de la gravité du trouble et du besoin de chirurgie est une importante conséquence économique de nos travaux.

Je suis heureux de souligner le caractère collectif de notre recherche et l'apport de nombreux techniciens et stagiaires. Nous avons bénéficié de l'aide généreuse de la Heart and Stroke Foundation of Canada, de la société Upjohn et du Conseil de recherches médicales du Canada.