La relation entre l'athérosclérose et le transport des graisses dans le sang

Researcher name: 
Dr. W. Carl Breckenridge

J'ai été amené à m'intéresser à une lipoprotéine peu commune, la lipoprotéine a, qui était fort répandue chez les sujets de l'étude. Même si elle n'était pas considérée comme très importante à l'époque, j'ai mis au point une méthode permettant d'estimer la quantité de cette lipoprotéine circulant dans le plasma. En collaboration avec les Drs David Hewitt et J.A. Little, j'ai pu démontrer que la concentration plasmatique de la lipoprotéine était fonction de l'hérédité.

En 1972, à mes premières armes comme professeur de biochimie à l'Université de Toronto, j'ai entrepris un programme de recherche dans le cadre d'une vaste étude, financée à l'échelle internationale, qui visait à déterminer si la réduction du taux de cholestérol dans le sang se traduirait par une moindre incidence des coronaropathies chez les hommes en Amérique du Nord. L'étude envisagée devait permettre de répondre à une question clinique très fondamentale au sujet des maladies du coeur et du cholestérol. Toutefois, les responsables du projet ont eu la sagesse de se rendre compte que celui-ci devait englober des questions d'ordre clinique, épidémiologique et fondamental, et viser à encourager l'interaction entre les cliniciens et les fondamentalistes.

Les graisses sont transportées dans le sang sous forme de lipoprotéines, mélange de gras et de protéines (apolipoprotéines). En 1972, les chercheurs commençaient à peine à comprendre le rôle des protéines. Je me suis dit que si les protéines avaient d'importantes fonctions, les chances étaient grandes d'en trouver des mutantes ou des anormales aux fonctions défectueuses chez les individus formant la vaste population de l'étude. J'ai mis au point des méthodes pour déterminer et mesurer les fonctions biologiques des apolipoprotéines. Par la suite, en collaboration avec le Dr J.A. Little, j'ai découvert deux nouvelles déficiences du métabolisme qui conduisent à l'accumulation massive de graisses dans le sang. Bien que rares dans la population, ces déficiences permettent de déterminer le rôle des protéines dans la dégradation des graisses et aident à élaborer les régimes thérapeutiques les plus appropriés lorsque les taux de graisses dans le sang sont anormalement élevés.

J'ai été amené à m'intéresser à une lipoprotéine peu commune, la lipoprotéine a, qui était fort répandue chez les sujets de l'étude. Même si elle n'était pas considérée comme très importante à l'époque, j'ai mis au point une méthode permettant d'estimer la quantité de cette lipoprotéine circulant dans le plasma. En collaboration avec les Drs David Hewitt et J.A. Little, j'ai pu démontrer que la concentration plasmatique de la lipoprotéine était fonction de l'hérédité. J'ai poursuivi dans cette voie après être déménagé à Dalhousie, où j'ai réussi à isoler l'alipoprotéine responsable des caractéristiques uniques et à mettre au point des méthodes permettant d'en estimer la concentration. L'alipoprotéine se transmet sous différentes formes qui déterminent la concentration de la lipoprotéine. Nous étudions actuellement la possibilité de commercialiser le test. Plusieurs groupes ont aujourd'hui démontré qu'il existe une étroite corrélation et c'est là un des secteurs de recherche les plus dynamiques de l'heure entre la lipoprotéine a et un risque accru de coronaropathie. La lipoprotéine a constitue une forme de prédisposition génétique à la coronaropathie prématurée. La plupart des méthodes thérapeutiques visant à faire diminuer le taux de cholestérol sont sans effet sur cette protéine. Toutefois, nous pouvons connaître les personnes à risque et intervenir pour réduire d'autres facteurs de risque courants de coronaropathie. Je crois que la lipoprotéine a représente le premier de plusieurs chaînons génétiques avec la coronaropathie prématurée qui sont communs au sein de la population. Il importe d'explorer le lien entre les facteurs génétiques et les facteurs environnementaux, comme le régime ou le tabagisme, car nous savons que les derniers sont une importante cause de coronaropathie. Si nous parvenons à découvrir les facteurs génétiques qui se combinent avec les facteurs environnementaux pour accroître le risque, nous devrions pouvoir être très sélectifs et ainsi améliorer l'intervention chez les personnes les plus à risque.

La recherche que je viens de résumer dure depuis dix-neuf ans. Des cliniciens, des épidémiologistes et des fondamentalistes y ont participé. Elle est financée par le National Heart, Lung and Blood Institute des États-Unis, le Conseil de recherches médicales du Canada et la Fondation des maladies du coeur du Canada. L'étude internationale a inspiré une vaste campagne visant à réduire, par des interventions touchant le régime alimentaire, les concentrations de cholestérol chez la population nord-américaine. Le public est beaucoup plus conscient qu'il y a vingt ans des moyens de réduire ses apports en graisses et en cholestérol. De nouveaux médicaments très efficaces ont été mis au point pour combattre l'hypercholestérolémie. Enfin, je crois que mes travaux sur la lipoprotéine a ont aidé à montrer qu'il existe peut-être des interactions importantes entre les facteurs génétiques et les facteurs environnementaux.

Le Dr Breckenridge est maintenant a l’Université Dalhousie.