Fracteur hypertensif thyroïdien

Researcher name: 
R.Z. Lewanczuk, MD, FRCPC

Nous avons découvert le facteur hypertensif parathyroïdien en 1987, à l’Université de l’Alberta, avec la collaboration du Dr P. Pang. Pendant des années, on a cru que l’hypertension artérielle représentait une seule maladie. Au début des années 1980, il est toutefois devenu évident que les hypertendus pouvaient être classés selon diverses caractéristiques métaboliques

Nous avons découvert le facteur hypertensif parathyroïdien en 1987, à l’Université de l’Alberta, avec la collaboration du Dr P. Pang. Pendant des années, on a cru que l’hypertension artérielle représentait une seule maladie. Au début des années 1980, il est toutefois devenu évident que les hypertendus pouvaient être classés selon diverses caractéristiques métaboliques. En particulier, on savait qu’un groupe de patients présentaient des taux de calcium sanguin peu élevés, mais par contre des taux supérieurs à la normale d’hormone parathyroïdienne (ou parathormone, hormone responsable de la régulation de la calcémie). Parce que des concentrations élevées de cette hormone semblaient toujours être en relation avec l’hypertension artérielle, on a laissé entendre que l’hormone parathyroïdienne pouvait être la cause de l’hypertension chez le groupe de patients en question. Des travaux antérieurs du Dr Pang avaient cependant démontré que l’hormone parathyroïdienne, lorsqu’elle était injectée à des animaux, faisait en réalité baisser la tension artérielle. Nous étions donc d’avis que cette hormone ne pouvait pas être la cause de l’hypertension.

Parce que la calcémie devait être élevée si le taux d’hormone parathyroïdienne l’était et qu’elle ne l’était pas chez notre groupe d’hypertendus, nous avons posé l’hypothèse qu’un «facteur» quelconque inhibait l’action de l’hormone. Nos premières expériences ont consisté à prélever du plasma de rats naturellement hypertendus – des rats présentant toutes les caractéristiques de cette forme d’hypertension chez les humains – et à l’injecter à des rats dont la tension artérielle était normale pour essayer de voir si les effets de l’hormone parathyroïdienne pouvaient être inhibés par un facteur quelconque dans le plasma des rats hypertendus. Conclusion : un facteur non seulement inhibait l’action de l’hormone, mais faisait monter la tension chez les rats. D’autres études ont par la suite révélé que le facteur en question rendrait aussi les humains et les animaux plus sensibles à d’autres facteurs qui ont un effet hypertenseur connu. Parce que nous savions que l’ablation des glandes parathyroïdes chez les rats naturellement hypertendus ferait baisser leur tension artérielle, nous pensions que celles-ci pouvaient aussi être la source du nouveau facteur. Comme prévu, l’ablation des parathyroïdes chez ces rats a fait chuter leur tension artérielle et disparaître le facteur du plasma. Lorsque les parathyroïdes de rats naturellement hypertendus ont été greffées à des rats normotendus, la tension artérielle de ces derniers a augmenté et le facteur est apparu dans leur sang. Pour cette raison, nous avons baptisé ce nouveau facteur «facteur hypertensif parathyroïdien» ou «FHP».

Le FHP a depuis été trouvé chez une proportion de patient hypertendus, à savoir ceux qui présentent une plus faible calcémie et de plus hauts taux d’hormone parathyroïdienne. Ce groupe de patients est également celui qui présente une sensibilité au sel (c’est-à-dire dont la tension artérielle est modifiée par le sel) et compte pour environ 40 p. cent de la population hypertendue. Comme entre le cinquième et le quart de la population canadienne souffre d’hypertension artérielle, le nombre de personnes chez qui le facteur est présent est considérable. Puisque le FHP est produit dans la glande parathyroïdienne, le calcium alimentaire empêche qu’il soit libéré, tout comme il empêche la libération d’hormone parathyroïdienne. Donc, le calcium est un traitement efficace pour les hypertendus chez qui le FHP est présent. De même, comme le FHP agit en provoquant une constriction des artères (processus où le calcium est indispensable), les médicaments qui bloquent le passage du calcium dans les cellules musculaires artérielles sont utiles chez les patients dont l’hypertension est attribuable au FHP.

Pourquoi la découverte du FHP est-elle importante? Premièrement, parce que ce facteur représente une cause non négligeable de l’hypertension artérielle dans environ 40 p. cent des cas (ou chez un adulte sur dix dans l’ensemble de la population), et qu’il est impossible de guérir une maladie tant qu’on n’en connaît pas la cause. Deuxièmement, la mesure du FHP peut permettre aux médecins de déterminer quels patients hypertendus profiteront d’une réduction du sel ou au contraire d’une augmentation du calcium dans leur alimentation. Troisièmement, la découverte du facteur donne aux médecins la capacité de prédire quels médicaments hypotenseurs seront efficaces chez tel ou tel patient. Jusqu’à présent, il fallait absolument procéder par tâtonnement pour déterminer les effets du sel, du calcium ou des pilules chez un patient donné. Enfin, certains pensent même que la mesure du FHP peut effectivement permettre de prédire quels sont les sujets à risque pour l’hypertension, d’où la possibilité de dépistage de masse.

Qu’est-ce que les travaux sur le FHP représentent pour le Canada? Eh bien, le pays est aujourd’hui reconnu comme le chef de file mondiale de la recherche sur le FHP. Nous comptons actuellement 11 centres collaborateurs internationaux. Plus de trois millions de dollars en fonds de recherche ont été dépensés pour ce projet au Canada depuis les trois ou quatre dernières années. Qui plus est, la mise au point d’un nécessaire our mesurer le FHP offrira d’importantes possibilités commerciales. Que chaque hypertendu fasse prendre son taux de FHP une seule fois et cela représentera de 40 à 50 millions d’analyses en Amérique du Nord seulement! De même, une industrie axée sur la fabrication d’inhibiteurs du FHP pourrait être établie au Canada. De tels avantages ne seront pas gratuits, cependant. À l’heure actuelle, il en coûterait environ neuf milliards de dollars pour purifier un gramme de FHP! Heureusement, nous en avons besoin de beaucoup moins pour l’instant, mais il est certain qu’il faudra trouver une façon plus efficace de purifier ou de synthétiser cette substance.

En terminant, j’aimerais remercier la société Zenyaku-Kogyo, du Japon, qui a financé la plus grande partie de nos travaux sur le FHP. Je suis personnellement redevable à l’Alberta Heritage Foundation for Medical Research et au Conseil de recherches médicales du Canada qui m’ont supporté dans cette recherche. Nous tenons aussi à remercier Searle Canada Inc. d’avoir financé une de nos études cliniques sur le FHP au Canada.