Dr Shoo Lee
Un chef de file à l’avant-garde des soins néonatals
Le Canada, qui comptait parmi les 5 premiers pays au monde avec un taux de mortalité infantile le plus bas, a dégringolé au 40e rang, au cours des derniers vingt ans.
« C’est inadmissible, déclare Dr Shoo Lee, néonatologiste et économiste de la santé, tout récemment nommé directeur scientifique de l’Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Le Canada est un pays riche. Comment expliquer qu’autant de pays plus pauvres font mieux que nous? Et pire encore, le taux de mortalité infantile est 3 fois plus élevé dans les communautés autochtones que dans l’ensemble de la population. »
La mortalité infantile n’est pas le seul problème auquel devra faire face Dr Lee dans sa nouvelle fonction. « Au cours des derniers 20 ans, le taux de prématurité a augmenté de 30 % dans ce pays. Il faut y voir de près et trouver des solutions.»
« Plusieurs facettes de la santé maternelle et infantile peuvent être améliorées chez nous. » Au cours des prochains mois, il convoquera des consultations réunissant toutes les parties prenantes des secteurs de l’enfance et de la jeunesse, de la maternité et de la néo-natalité pour définir un plan stratégique et mobiliser les ressources des IRSC pour atteindre ces objectifs.
Dr Lee est la personne idéale pour remplir cette mission. En plus de sa nouvelle nomination aux IRSC, il est professeur de pédiatrie, d'obstétrique et de gynécologie; et des services de santé, à l’université de Toronto; pédiatre en chef et directeur du Centre de recherche en soins maternels et infantiles (MICare), à l'Hôpital Mont-Sinaï, à Toronto; chef du Département de néonatologie et de pédiatrie du développement au Centre Sunnybrook des sciences de la santé, à Toronto; chef de la Division de néonatologie et titulaire de la chaire des dames auxiliaires en néonatologie à l'Hôpital pour enfants de Toronto.
Fondateur du Réseau néonatal canadienMC
L’amélioration des soins néonatals mise de l’avant par le Dr Lee est remarquable. En 1995, il créait le Réseau néonatal canadienMC en regroupant des chercheurs en néo-natalité de 30 hôpitaux et de 17 universités du Canada.
Le réseau a mis sur pied une banque de données standardisées, constamment mise à jour, prélevées dans les unités néonatales de soins intensifs (UNSI), qui donne aux chercheurs en néo-natalité de tout le Canada une incroyable capacité d’analyser les soins néonatals à l’échelle nationale.
L’idée est venue lorsque Dr Lee s’apprêtait à rentrer au Canada après une formation spécialisée à l’Hôpital pour enfants de Boston. L’un de ses collègues américains lui faisait remarquer que Boston pouvait lui offrir tout ce dont un homme de carrière rêve : argent, prestige, institutions réputées mondialement et infrastructures.
« Il avait raison, remarque Dr Lee. À cette époque, nulle part pouvait-on trouver au Canada une masse de ressources telles qu’on en trouvait à l’université de Harvard, et si on avait pu en rassembler autant en un seul endroit au Canada le reste du pays en aurait été complètement dépourvu. »
Déterminé à trouver une meilleure façon de procéder, il a pensé qu’il serait peut-être possible de voir tous les chercheurs du Canada spécialisés en néo-natalité travailler auprès de l’entière population du pays – une réalité presque inimaginable aux États-Unis. Il a alors contacté les directeurs de toutes les unités néonatales de soins intensifs (UNSI) du Canada leur proposant de faire partie de ce Réseau néonatal canadien (RNC). « Depuis, l’aventure n’a jamais cessé. »
Le RNC fournit l’infrastructure nécessaire à une recherche faite en collaboration avec des chercheurs multidisciplinaires de la santé périnatale et néonatale. La banque de données standardisées des UNSI leur permet d’étudier les résultats et les variations des pratiques médicales en vue de trouver de meilleurs moyens, plus efficaces, pour améliorer la santé néonatale dans tout le Canada.
L’approche de la PBDP
Ainsi, pour améliorer la qualité des soins néonatals, Dr Lee a contribué à instaurer un processus scientifique d’application des connaissances dite Pratique basée sur des données probantes (PBDB) [Evidence-based Practice for Improving Quality-EPIQ], en favorisant l’approche de la Roue de Deming [Plan–Do–Study–Act]. Des cliniciens, des soignants de première ligne et des chercheurs répartis dans 27 institutions au Canada sont impliqués dans la PBDP, ce qui les aide à décider de nouvelles pratiques sur des questions importantes en unités de soins néonatals sur la base de données concrètes.
Soins néonatals révolutionnaires
En tant que directeur du centre de recherche MICare (prononcez My Care) de l’Hôpital Mont-Sinaï, Dr Lee administre des projets de recherche d’une valeur totale de 55 millions de dollars.
Dans le cadre de la recherche sur la PBDB, son équipe a examiné les pratiques en UNSI ailleurs dans le monde. Elle a trouvé qu’en Estonie, la philosophie des soins néonatals diffère de celle du Canada – par nécessité. Le manque de ressources en santé publique nécessite la présence des parents dans les UNSI, 24h/7jrs, où ils assument la responsabilité de tous les soins exceptés l’administration des fluides intraveineux et de la médication. Le rôle du personnel infirmier consiste à former les parents.
On observe qu’avec cette pratique, très courante dans plusieurs pays en voie de développement, le gain de poids est de 30% chez l’enfant, le séjour hospitalier réduit de 20 %, le personnel infirmier de 50 % et le taux d’infection de 30 %; aussi les parents et le personnel infirmier sont plus satisfaits. De même, quand les parents retournent à la maison, ils savent quoi faire.
Fort de ces renseignements, l’équipe du Dr Lee a utilisé une subvention pour un projet pilote sur les soins intégrés avec la famille, lancé en mars 2010, à l’Hôpital Mont-Sinaï. Parents, médecins et infirmières, et d’autres parties prenantes, ont participé à l’élaboration et à l’implantation du projet.
« Nos bébés sont pris en charge par les parents et non par le personnel infirmier, explique Dr Lee. Les parents adorent ça. On prévoyait un taux de participation d’environ 30%, il est de 80 %. Les parents veulent s’engager dans ce programme et ils font un superbe travail. »
Les résultats préliminaires démontrent que les nouveaux-nés prématurés faisant partie du projet pilote enregistrent un gain de poids de 38 %. Le taux d’infection a chuté, passant de 11 % à 0 %.
Dr Lee qualifie de « révolutionnaire » ce modèle de soins néonatals. « À l’avenir, nous allons prendre soin des bébés d’une façon différente. De plus, ce modèle pourrait être appliqué dans d’autres secteurs des soins de santé, comme la pédiatrie, la gériatrie, les soins palliatifs et les maladies chroniques. » Il souhaite trouver davantage de financement et élargir le projet jusqu’à englober 16 hôpitaux canadiens.
UNSI… allaitement maternel vs lait de vache
À l’échelle mondiale, environ 7 % des enfants de très petit poids, faisant moins de 1 500 grammes à la naissance, souffrent d’entérocolite nécrosante (ECN). Cette infection intestinale à elle seule est l’une des plus grandes causes de mortalité des prématurés. Au Canada, le taux de mort néonatale due à l’ECN va jusqu’à 33 %. Le Japon est le seul pays ayant réussi à réduire l’ECN à une incidence de 0,5 %.
« Le Japon ne procède pas à ses recherches sur la base de données probantes (evidence-based research), alors nous y sommes allés, en délégation d’observation, explique Dr Lee. Première chose impressionnante pour nous, pas de lait de vache dans l’unité néonatale. Seul le lait maternel est autorisé. Si la maman du bébé ne peut produire de lait, on utilise le lait d’une autre mère. »
Après 7 à 10 jours, chaque enfant passe du fluide intraveineux (ou nutrition parentérale) à un allaitement exclusif au lait maternel. Au Canada, le taux de conversion n’est pas si rapide.
Les projets d’utilisation exclusive du lait maternel pour nourrir les prématurés a débuté à Vancouver et au centre des sciences de la santé Sunnybrook, à Toronto, à moins que les mères ne s’y opposent. Après deux ans, l’incidence de l’entérocolite nécrosante a chuté passant de 10 % à 2 % à Vancouver et de 8 % à 1 % à Sunnybrook.
« Selon moi, la preuve est faite, dit Dr Lee. « Nous allons mettre en place des banques de lait maternel dans le reste du pays et nourrir tous les bébés qui en ont besoin. »
Ensemble vers un avenir prometteur
Dr Lee est champion dans l’art d’encourager les gens à se regrouper dans la perspective de créer une différence. « Ce sont les gens dans les hôpitaux qui font le gros travail, dit-il. Je les appuie en organisant les choses pour qu’ils continuent de le faire mieux. »
« Quand on a commencé, les gens n’étaient pas certains que ça puisse marcher, se souvient-il. C’était fascinant de voir qu’avec le temps et à force de travailler ensemble, la confiance s’est installée. »
« La mobilisation s’est faite dans tout le pays, chacun travaillant avec l’autre. Très peu de pays peuvent nous battre sur ce terrain. Les Canadiens sont forts en la matière. »
Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec Dr Shoo Lee à l'aide Formulaire de contact e-mail
- Login to post comments
Version imprimable
View next/previous researcher
- ‹ previous
- 4 of 184
- next ›





