Dr V. Wee Yong

Professeur, Hotchkiss Brain Institute Départements des neurosciences cliniques et d’oncologie, Université de Calgary
Le chercheur du mois: 
Sep 2017

 Trouver sa voie

Durant son baccalauréat, en Angleterre, V. Wee Yong passait le plus clair de son temps dans les pubs. La conséquence inévitable fut les piètres résultats, qui l’ont fait dévier de son ambition à poursuivre ses études en médecine. Il a pensé qu’en faisant une maîtrise en sciences il réussirait à augmenter suffisamment ses notes pour tenter une réinscription. Il a acheminé plusieurs demandes à des universités ici et là dans le monde mais n’a reçu qu’une réponse. L’Université de la Colombie-Britannique (UCB) l’acceptait sous condition. Il a échoué son premier examen à l’UCB.

« Durant ces jeunes années, j’étais instable, malavisé et sans orientation, évoque Yong. Je ne réussissais pas bien à l’école. Mes notes étaient terribles. »

Il ne savait pas ce qu’il voulait, mais il savait qu’il ne voulait pas rester où il était. Puis, dans le cadre de sa maîtrise, il a été obligé de faire une recherche en laboratoire. Et là, quelque chose a cliqué.

« Mes notes se sont mises à monter, ce que je faisais prenait un sens. Il m’aura fallu deux ans d’errance en maîtrise pour que la lumière s’allume enfin. Tout à coup, j’étais déterminé, j’allais poursuivre en recherche médicale. »

Durant sa maîtrise, à l’UCB, il a étudié la neurochimie et la pharmacologie. Par la suite, une bourse postdoctorale lui a permis d’explorer la biologie des cellules gliales. Les cellules gliales du cerveau isolent et soutiennent les neurones et leur acheminent nutriments et oxygène.

« Le dysfonctionnement de ce type de cellules est impliqué dans la sclérose en plaques (SP), et c’est pourquoi j’ai choisi ce champ de recherche, dit Yong. Comme la SP implique aussi un dysfonctionnement du système immunitaire, je me suis également tourné vers la neuroimmunologie. »

Alors qu’il s’interrogeait sur la voie à suivre, Yong a rencontré un professeur invité à l’Université McGill. Le neuroimmunologue venait travailler au laboratoire de Yong, à l’UCB, pour apprendre à produire des cellules gliales avec son superviseur. Les deux hommes ont « sympathisé ». Yong évaluait la possibilité d’une deuxième formation postdoctorale, en immunologie; le professeur avait besoin d’un expert en biologie des cellules gliales. Un poste de professeur adjoint s’ouvrait pour Yong à l’Université McGill.

Après sept ans à McGill, l’Université de Calgary (U de C) lui offrait un professorat aux Départements des neurosciences et d’oncologie. En 1996, il acceptait l’invitation.

« Concours de circonstance, coup de dé, intérêt ravivé, ardeur au travail et opportunité exceptionnelle m’ont conduit où je suis, » dit-il.

Aujourd’hui, Yong ne regrette pas de s’être investi dans la recherche. Il est professeur au Hotchkiss Brain Institute où il codirige la division sur la SP. Il dirige le programme Translational Neuroscience à l’U de C, et il est le directeur du Réseau de la SP de l’Alberta (Alberta MS Network). Il est titulaire de la chaire de recherche du Canada en neuroimmunologie. On lui a octroyé récemment le prix international en médecine J. Allyn Taylor.

Championnat du médicament générique contre la SP

Durant ses études en neuroimmunologie, Yong a participé à des travaux qui ont mis en évidence le fonctionnement d’une certaine substance médicamenteuse passible de contrer la SP. Cette dernière neutralise les métalloprotéases matricielles (MMPs), un groupe d’enzymes dont les cellules immunes se servent pour pénétrer le sang du cerveau et autres parois cellulaires. Yong s’est mis à parcourir la littérature médicale à la recherche de médicaments génériques ayant un tel effet, dans la perspective de trouver un traitement contre la SP qui soit non injectable et abordable.

Il en a trouvé un : la minocycline, de la classe des antibiotiques de la famille des tétracyclines. Couramment utilisé pour traiter l’acné, ce médicament oral a un registre de tolérance échelonné sur 40 ans. (En Grande Bretagne, les médecins ont documenté ses effets sur plus de 6 millions de patients l’ayant utilisé pendant plus de 6 mois.)

De là, Yong et son équipe de chercheurs ont entrepris d’évaluer si la minocycline pouvait réduire l’activité de la SP chez des modèles animaux. Les résultats prometteurs ont été portés à l’attention de la Dre Luanne Metz, neurologue et professeure de médecine à l’U de C.

S’en est suivie une longue et productive collaboration qui a mené à la phase III d’un test clinique qui a démontré que la minocycline pouvait retarder jusqu’à 2 ans l’éclosion complète de la SP après une première attaque (syndrome clinique isolé). L’étude, publiée dans le New England Journal of Medicine, a ouvert la voie à la mise au point d’un traitement abordable pour contrer la forme précoce de la SP.

« L’avantage des médicaments génériques, c’est qu’ils sont disponibles dès que sont avisés les cliniciens traitant les gens atteints de la SP » dit-il.

Il n’en demeure pas moins que le grand défi de Yong n’a pas été dans le laboratoire. C’était plutôt dans la recherche de financement suffisant pour permettre le long processus d’investigation qui porte les produits médicaux du laboratoire au chevet du patient.

« Quand on travaille avec un médicament générique, c’est difficile d’avoir le soutien de l’industrie pourtant essentiel aux tests cliniques, explique-t-il. On passe un temps fou à compléter des demandes de subventions pour obtenir l’argent nécessaire aux expérimentations approfondies et aux tests cliniques. »

Nouvelles initiatives

« Nous avons plusieurs éléments de recherche qui suscitent l’intérêt dont les découvertes en laboratoire qui sont désormais appliquées dans des tests d’essai sur le patients atteints de la SP progressive. »

Lui et son équipe de chercheurs explorent les thérapies qui visent à régénérer la myéline, l’enveloppe isolante entourant les fibres nerveuses progressivement détruites par la SP. Une autre piste d’investigation vise la neuroimmunologie.

Une suractivité chronique des cellules immunes dans la SP a conduit Yong à s’attarder sur les fonctions du système immune relatives à d’autres troubles. L’un concerne les lésions traumatiques sur la moelle épinière.

« Si l’on comprend les principes qui expliquent comment le système immune, mis en marche à la suite d’une blessure à la moelle épinière, se fige éventuellement, cela pourrait nous aider à comprendre le processus de dysfonctionnement relatif à la SP, » explique Yong.

Un autre trouble est le glioblastome, une tumeur cérébrale incurable qui peut désactiver les cellules immunes qui cherchent à la détruire. « Si l’on saisit le truc qui fait que le système immune est désactivé, nous croyons que cela éclairera notre travail sur la SP.

« Dans le domaine de la neuro-immunologie, il nous reste plusieurs leçons à apprendre, et beaucoup d’aventures à poursuivre. »