La maladie d’Alzheimer

En 1976…

Bien que le psychiatre allemand Alois Alzheimer décrivait, déjà en 1901, une maladie du cerveau comportant des dépôts anormaux (plaques amyloïdes) et des écheveaux (dégénérescences neurofibrillaires), la maladie d’Alzheimer (MA) était à peu près inconnue en 1976.

« À cette époque, un livre médical consacrait rarement plus d’un paragraphe à sa description », déclare le Dr Peter St. George-Hyslop, une autorité mondiale en matière de génétique de la maladie d’Alzheimer (MA), et qui à ce moment-là était simple étudiant en médecine.

« Dans un effort concerté, la recherche sur la MA ne s’est vraiment manifestée que vers les années 1980 », explique-til. Le Dr St. George-Hyslop est le directeur du Centre for Research in Neurodegenerative Diseases, à l’université de Toronto. En fait, ce n’est que durant les années 1990 qu’on a vu la mise au point d’un groupe de médicaments pouvant apporter de véritables, quoi que modestes, amélio rations aux symptômes des patients atteints de la MA.

Aujourd’hui…

On voit aujourd’hui la recherche sur la MA s’intensifier partout dans le monde. Quelque 400 traitements pharmaceutiques sont en cours d’investigation pour obtenir de meilleures façons de traiter cette maladie, d’en retarder l’évolution et même de la prévenir entièrement. On enregistre des progrès sur tous les fronts y compris la recherche en imagerie afin de diagnostiquer la MA à partir du cerveau vivant (puisqu’à ce jour seul l’autopsie permet un diagnostic sans équivoque), des tests sanguins comme moyen éventuel de diagnostic et la recherche génétique sur les facteurs de risque associés à la MA.

Sans contredit, notre compréhension fondamentale de la maladie s’approfondie sans cesse. Plusieurs chercheurs vont jusqu’à dire qu’on est près de tester la première génération de médicaments touchant directement le processus de la MA et non seulement ses symptômes. Le Dr St George-Hyslop et son équipe de chercheurs ont découvert les gènes responsables du déclenchement initial de la MA et identifié les protéines clés qui sont la cause de la dégénérescence des cellules nerveuses et cela pourrait bien conduire à une nouvelle génération de médicaments en mesure de réguler la progression de la maladie.

« Je crois que la principale découverte des dernières années, explique le Dr St George-Hyslop, c’est que la MA n’est pas une maladie inusité ou rare. » Nous savons aujourd’hui que la MA est évolutive jusqu’à causer la mort. Elle touche un nombre affolant de Canadiens, de 30 à 50 pour cent des 85 ans et plus, et représente la forme la plus courante de démence. On estime à 2,9 milliards de dollars le coût annuel des soins accordés aux patients souffrant de démence.

Demain…

Les chercheurs médicaux ignorent toujours quelles sont les causes de la MA et poursuivent leur investigation sur l’éducation, la diète et l’environnement pour mieux cerner le rôle de ces divers facteurs sur le développement de cette maladie.

L’ensemble des preuves tendent à démontrer que certains facteurs de risque tel que le diabète et le cholestérol pourraient accroître les chances de développer la MA, alors que d’autres facteurs, telles que les activités physiques, mentales et sociales pourraient agir comme mode de prévention contre la maladie. Le grand inconnu dans la recherche sur la MA est précisément à savoir comment ces facteurs interviennent pour provoquer ou prévenir le développement de la MA.

« Ce que les Canadiens doivent retenir, toutefois, c’est que nous sommes optimistes et que cette optimisme est directement liée à la recherche », souligne le Dr St George- Hyslop. « Sans la recherche on en reste au point mort. »

Le Dr St George-Hyslop insiste sur le fait que ce n’est qu’au cours des derniers 15 ans que s’est accumulée une masse de savoir sur la MA et que les nouvelles découvertes vont s’accélérer chaque jour. « Les prochains 10 ans seront plus excitants en nouveautés que les derniers 100 ans. »