La dystrophie musculaire de Duchenne

En 1976…

Il y a 30 ans, on ignorait la cause de la dystrophie musculaire de Duchenne (DMD), une forme commune et sévère de myopathie (un désordre du système musculaire). Seuls les garçons souffrent de DMD, (un sur 3 500), et à l’époque, ils n’avaient comme vision de l’avenir que la certitude qu’ils ne marcheraient plus, encore enfant, et que la mort surviendrait avant la mivingtaine. Les premières descriptions de la maladie remontent à 1860, par le neurologue français Guillaume Duchenne qui proposait l’électricité comme remède à la maladie.

Feu Dr George Karpati, neurologue et chercheur senior à l’Institut neurologique de Montréal, à l’université McGill, expliquait que le diagnostic de la maladie s’obtient à la suite d’un examen médical, d’une biopsie musculaire, d’un test de sang qui permet de déceler le taux élevé de créatine kinase (l’enzyme qui s’écoule des tissus musculaires atteints), et la présence d’un gène défectueux de chromosome X. C’est vers la moitié des années 1970 qu’il a été établi que la maladie était génétique. Ne visant que les symptômes, le traitement de la maladie à cette époque était la physiothérapie, les attelles aux jambes et un fauteuil roulant, tentant de prévenir le raccourcissement des muscles involontaires qui entraîne une difformité des membres et de la colonne vertébrale.

Aujourd’hui…

Au cours des derniers vingt ans, le progrès médical a permis d’améliorer le traitement thérapeutique de la DMD. Durant les années 1980, on a introduit la respiration assistée intermittente, qui contribue à amplifier la fonction musculaire chez l’enfant, de même que les stéroïdes, tel la prednisone, qui ralentissent la perte musculaire et repoussent le moment où le patient devra se déplacer en fauteuil roulant uniquement. La durée de vie des garçons atteints de DMD a légèrement augmenté, mais ses victimes en meurent habituellement autour de la trentaine à la suite d’insuffisance respiratoire ou cardiaque.

« Un changement majeur est survenu à la fin des années 1980, a déclaré feu Dr Karpati, quand on a découvert le gène dont l’altération est à la source de la DMD. » Quand les chercheurs ont identifié le chromosome X du gène qui, lorsque altéré, cause la DMD, ils ont nommé la protéine qu’il encode la dystrophine.

« Peu après cette découverte, il a été possible de détecter les porteurs et d’établir un diagnostic prénatal », a expliqué feu Dr Karpati. « Puis, on a découvert que la transmission du gène défectueux passait par la mère et qu’il survient spontanément dans les cellules germinales à partir desquelles l’embryon va se développer. En l’absence de dystrophine, qui normalement recouvre la surface des tissus musculaires, la dégradation musculaire du futur patient entame son cours, la capacité régénératrice s’estompe et la détérioration du tissu musculaire est irréversible. »

À partir de l’information obtenue en cliniques génétiques, plusieurs parents porteurs du gène défectueux choisissent de ne pas avoir d’enfants et l’incidence de la forme héréditaire de DMD a chuté.

Demain…

Le Dr Karpati croyait qu’on pourrait réussir à trouver un remède contre la DMD d’ici dix ans. « C’est complexe, et il faut du temps, mais tout est là pour nourrir l’optimisme. » L’introduction dans des modèles animaux d’un codage génétique normal manufacturé de façon synthétique a permis d’approfondir notre connaissance du rôle de la dystrophine, mais la toxicité et certaines questions logistiques limitent cette option. Le Dr Karpati travaillait sur le potentiel de l’utrophine, une molécule similaire à la dystrophine qui intervient sur un autre chromosome. À cela, s’ajoute l’introduction d’une composante, toujours à l’état expérimental, qui pourrait être en mesure de traiter l’une des mutations génétiques surgissant dans quelque 15% de la DMD. « On ne sait pas jusqu’à quel point cela pourrait fonctionner, mais les essais sont présentement en Phase II, avait déclaré feu Dr Karpati.

Message de la rédactrice : Le Dr Karpati est décédé subitement entre la rédaction et la publication de cet article. C’est avec respect que nous rendons hommage à sa mémoire.